Biographie

J’ai toujours rêvé d’être un héros de bandes dessinées, je voulais marcher sur la lune. Un jour mon papa est arrivé avec une guitare à la maison, il a joué du soir au matin pendant des années, puis il est parti et je n’ai jamais marché sur la lune. Pendant des années, j’ai vu une publicité de Vasarely dans un arrêt de bus, je me suis posé des questions, et j’ai commencé à apprendre le dessin en m’abreuvant d’images. J’ai lu les albums de Philippe Druillet entre les rayons de conserves et le rayon bricolage. Et, comme je ne pouvais toujours pas marcher sur la lune, je me suis inventé un monde en restant accroché à une branche, j’ai dessiné, j’ai peint. Pour moi, cet acte n’est pas un acte simple, c’est un plongeon dans le rêve, une ligne, un trait , un sens, du noir du blanc et un monde prends naissance, avorté parfois, je n’ai jamais rien jeté !
Après un passage à l’École des Beaux arts de Lyon, j’ai appris à écouter, entendre et voir. Je me suis nourri de Laurie Anderson,
je me suis noyé dans le travail d’Andy Warhol et du pop art. Puis retour dans la vie, j’ai passé mon temps à parcourir les ateliers
d’assemblages tout en dessinant 4 heures par jour, parfois même devant une machine ! Sans avoir marché sur la lune, j’avais la
tête dans les nuages, dans mon dessin. J’ai travaillé pendant plus de 20 ans dans l’anonymat le plus complet, ne pas avoir le temps de montrer, ne pas pouvoir en parler.
Depuis 1996, je travaille aussi avec l’outil informatique et je réalise des images, des mondes, des personnages sortis tout droit de mon imagination. Mon travail est en constante mutation. Peu à peu je me dirige vers le vide, vers le conceptuel, comme si j’en avais fait le tour. L’art est un acte: provoquer des sensations chez le spectateur, le perdre parfois, le noyer sous les images…
Je n’ai jamais regardé derrière moi, je n’ai jamais pensé à l’avenir, j’ai marché sur le présent, je me suis provoqué une indigestion d’images, de rêves et de couleurs. Pour moi l’art n’est rien si il n’est pas partagé et aujourd’hui je partage avec vous mes premiers pas sur la lune. Je finirais avec cette phrase de Joseph Beuys « Je suis convaincu que chacun de nous est un artiste et que sa plus belle œuvre d’art c’est sa vie.».


La biographie de Seb Russo selon Jan BARDEAU

Seb Russo provient d'une famille d'immigrés italiens, ouvriers, modestes selon le terme pour désigner les pauvres, d'abord résidents du quartier des Minguettes à Lyon, à l'époque connu entre autres pour ses rodéos automobiles du samedi soir (avec les flics au cul cela va de soi) et son mélange à peu près pacifique apparemment d'Italiens (donc), Portugais, Espagnols, Maghrébins. Une cité vivante, une cité de souffrances aussi.

Seb Russo apprend à dessiner dans son coin, l'oreille collée à France Inter, rêvant d'autre chose, rêvant d'art, pour autant, après un bref passage au Beaux-Arts de Lyon, il abandonnera ses études par manque de moyens et intègrera les rangs des ouvriers de l'industrie. Constantes difficultés des classes populaires à sortir des ornières où elles naissent, sans argent, sans la culture spécifique qui permet l'assimilation dans les milieux d'un cran au-dessus dans la hiérarchie socio-professionnelle et, bien entendu, sans indulgence à attendre pour pardonner leurs (nos) airs couillons, leurs (nos) voix trop fortes ni leurs (nos) plaisanteries grassouillettes et surtout pas leur (notre) look au rabais. On connaît l'intransigeance des cultureux face aux mises vestimentaires sans recherche (mais surtout sans pognon) ou face au non respect des codes de conduite comme cette droite dignité un chouïa blasée qu'il convient d'affecter, doublée souventes fois d'une tranchante langue de pute.

Quoi qu'il en soit, dessinant comme un forcené, la nuit devant ses machines, au stylo bille sur des bouts de papier, Seb Russo développe une grande sûreté, une grande rapidité de trait, qui en fait un dessinateur hors pair.

Mon opinion, qui est la mienne, et je m'en remercie, consisterait d'ailleurs à penser que Seb Russo est plus un dessinateur que véritablement un peintre, ses traits jaillissent, s'entremêlent, créent des formes inattendues, des visages surgissent, des corps sinuent et s'emmêlent et, partant parfois de tracés aléatoires, se construisent des maelströms de figures, un chaos comme celui simplement de la vie, mouvant et créatif.

Seb Russo tâte également d'art numérique qui, comme le prétendent les béotiens, consiste uniquement en quelques clics sur Toshop (comme les béotiens appellent Photoshop, jamais entendu un graphiste appeler Photoshop Toshop, ou InDesign Deesi, ou Illustrator Totor, enfin bref).

Enfin, si d'aucuns, plaisantins ou malandrins, projettent de se rendre sur place pour y semer leur zone du tonnerre de leur mère, tremblez, car le Seb vous châtiera à vibrants coups de cannes sur votre mignon fion (et avec plaisir).